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Jérôme BENBIHI

Le salariat est-il condamné ?

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Les changements technologiques, culturels et économiques ont toujours incité le monde du travail à innover. A une époque où la transformation mondiale est plus rapide que jamais, la remise en cause des formes antérieures de travail n’est qu’une évidence. Devant l’apparition des nouvelles formes de travail autour des notions de flexibilité et de collaboration, le salariat paraît de plus en plus ringard.

Pour faire face à la concurrence et rester compétitives, les entreprises doivent en avoir conscience et adopter les changements tout en appréhendant pleinement les besoins des collaborateurs. Organiser son temps de travail grâce aux nouvelles technologies est désormais une tendance qui se confirme, avec la liberté de travailler à tout moment, sur tout support, peu importe l’endroit où l’on se trouve. Oui, les générations contemporaines ont un rapport totalement nouveau au travail.

Aux Etats-Unis, un actif sur quatre n’est pas salarié et on estime que cette proportion pourrait atteindre 40% en 2020.

Mais, qu’en est-il de la France ? Cette année, les 17è rencontres économiques d’Aix-en-Provence, consacrées « à la recherche de nouvelles formes de prospérité », ont débattu de l’avenir du salariat. 

D’après les statistiques le salariat reste ultra-dominant en France : 90 % des emplois du pays. Alors que dans le monde le salariat reste minoritaire :  40 % de la population active mondiale est salariée.

Petit rappel : le salariat a été déjà décrié lors de son apparition durant la révolution industrielle. Karl Marx le décrivait comme un outil d’exploitation des travailleurs, dépossédés de leur instrument de travail. Le salariat s’est généralisé après la Seconde Guerre mondiale quand on est entré dans « l’ère de la production de masse dans les grandes usines pour répondre à la société de consommation et « fixer » la main-d’œuvre dans des lieux définis ».

Contrôle ? « Fixer » la main-d’œuvre dans des lieux définis ? Un grand nombre d’entreprises sont encore calquées sur le vieux modèle de la hiérarchie militaire et subissent des effets secondaires souvent néfastes.

Alors que nous sommes au 21e siècle, avec une culture et mentalité de « l'entreprise libérée ». Le principe de ce type d’organisation est notamment de laisser les salariés prendre des initiatives individuelles au lieu de leur imposer des directives suivies de contrôles. Le salarié fonctionne en autogestion.  Il vous apportera plus si vous instaurez climat de confiance, de reconnaissance, de bien-être au travail.

Aujourd’hui, trois sont les tendances principales qui dominent les esprits : flexibilité spatio-temporelle, travail collaboratif et management participatif.

Flexibilité spatio-temporelle avec l’apparition du télétravail, d’espaces de coworking et d’une nouvelle relation aux horaires : le mode de vie impacte la journée de travail plutôt que l’inverse.

Grâce aux nouvelles technologies (cloud, virtualisation…) les entreprises peuvent faire cohabiter la liberté avec la rigueur nécessaire. Des solutions comme Slack, Trello ou Github permettent d’organiser le travail en équipe et à distance.

Le management devient participatif, prend en compte la dimension humaine de l'entreprise. Car, la rentabilité, c'est-à-dire le succès de l'entreprise, dépend directement de la performance de son management. Pour que le salarié devient plus performant, pour que le nombre de conflits diminue et qu'objectifs personnels et organisationnels se rapprochent, le management doit respecter le besoin de chacun d'être reconnu en tant qu'être humain.

La structure verticale et hiérarchique est de plus en plus remise en question, donc, pour continuer à attirer des talents, et les garder, les entreprises doivent s’adapter aux nouvelles formes de travail, s’adapter aux attentes d’aujourd’hui, accepter l’innovation, avoir une organisation adhocratique, c’est la phase ultime de l'entreprise libérée.

Créé dans les années 1960 par Warren Bennis et Phillip Slater, le terme "adhocratie" désigne un mode de travail dans une entreprise ou une organisation qui utilise des compétences pluridisciplinaires, spécialisées et transversales, pour conduire des missions précises ou réaliser des projets.

Mise en œuvre dans des contextes d'environnements instables et complexes, l'adhocratie est fondée sur une organisation flexible, multidisciplinaire, dynamique, innovante et sur un ajustement mutuel et permanent entre les différents opérateurs. Elle consiste à choisir des personnes dans l'organisation pour les faire travailler ensemble dans des groupes-projets peu formalisés avec une autonomie importante et un mode de management souple.

Et qu’en est-il du salariat ?  En France la fin du salariat n’est pas pour toute suite, tout le monde n’est pas prêt à travailler à son compte, entreprendre. L’absence de modèle hybride entre salariat et indépendance présente des risques pour certains actifs.

L'accès à la sécurité sociale, aux mutuelles, au logement, aux prêts bancaires reste largement conditionné à l'obtention d'un CDI à temps plein. S'agissant de la protection sociale, elle est au rabais. Quelle serait la retraite d'un autoentrepreneur ? Compte tenu des faibles cotisations qu'il a versé aux régimes de retraites, elle serait plus que faible.

Quelle devrait être l'attitude des gouvernements face à ces situations ? 

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