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Jérôme BENBIHI

Brown-out : une nouvelle pathologie menace les salariés

 

brownout

Dans un monde en constante évolution, nos méthodes de travail ainsi que nos processus de production connaissent des modifications constantes et profondes. Ces nouvelles situations de travail génèrent à leur tour de nouveaux risques et parfois des maladies. L’industrialisation des procédés, la quête de productivité, voire, la recherche de rentabilité préparent un terrain fertile pour le développement de pathologies professionnelles : après le burn-out (syndrome d’épuisement lié au travail) et le bore-out (l’ennui professionnel), les chercheurs ont fait la lumière sur une nouvelle pathologie : le brown-out, ou « baisse de courant ».

Provoqué par l’incompréhension du sens des tâches à accomplir, le brown-out est caractérisé par l’épuisement physique et/ou mental des collaborateurs. Ce sont des gens qui recherchent un sens à leur travail, mais ils se retrouvent victimes exécutants des tâches quotidiennes inutiles, aberrantes ou absurdes, voire contre-productives... avec des missions qui vont à l’encontre de leurs valeurs personnelles.

Dans leur ouvrage The Stupidity Paradox, 2016, les chercheurs André Spicer et Mats Alvesson étudient cette mécanique paradoxale qui veut que les entreprises recrutent des diplômés brillants pour exiger d’eux, au final, qu’ils mettent leur cerveau en sommeil. Ces employés qui s’attendaient à des tâches stimulantes se retrouvent alors à faire « la danse du Powerpoint pour tenter d’hypnotiser les clients, dans un climat intellectuel para-prostitutionnel ». On en vient alors à se demander si la fonction réelle de l’entreprise ne serait pas le « concassage de l’individu, l’être humain étant devenu la matière première d’un processus global de destruction créatrice ».

Marc Estat, ancien dirigeant d'une multinationale raconte dans son livre

« Néantreprise, dans votre bureau, personne ne vous entend crier », 2017, l’absurdité de son quotidien au travail, rythmé par des réunions sans intérêt, avec un jargon corporate grotesque pour masquer le néant : « On switche en anglais à tout bout de champ. On ne réduit pas, on stretche. On ne surveille pas l'heure, on timekeep. Nous n'avons pas des données, mais des inputs (…) On passe une grande partie de son travail à des tâches inutiles, voire contre-productives ».

Par ailleurs, c’est le secteur tertiaire, le travail « dans les bureaux » qui est le principal concerné par ce sentiment d’absurdité et d’inutilité : « Dans les grandes entreprises ou dans les administrations, les tâches sont parfois si morcelées qu’elles en deviennent vides de sens. », constate la psychologue Amélia Lobbé. Les salariés sont exaspérés par les « points » à répétition qui leur donnent l’impression de perdre du temps. « De plus en plus d’entreprises aiment organiser des réunions interminables afin de discuter de la possibilité d’un projet, alors que cela aurait pu se régler en quelques minutes (…) le fait de ne pas comprendre pourquoi, pour qui et à quelle fin on effectue une tâche peut également mener à un sentiment d’aliénation et de lassitude. Il devient alors difficile de trouver un sens à son job et de s’y épanouir. »

En 2016, l’Institut de recherche international Ipsos a réalisé une étude sur 824 travailleurs français. Il en ressort que seulement 34% des personnes interrogées estiment que leur entreprise les reconnaît et valorise leur travail, contre 56% sur une étude au niveau mondial. Et plus d’un travailleur sur trois, en France, reconnaît ne pas être motivé par le boulot.

Alors, quelles sont les solutions ? Comment faire pour entretenir la motivation au quotidien et quels sont les signes qui indiquent qu'elle est en déclin ?

Si vous recrutez un expert à un poste qui correspond à son domaine mais vous lui assignez plusieurs tâches secondaires qui n’exigent pas son expertise, il est tout à fait normal qu’il ressente une sorte de dévalorisation et d’ennui. Pensez donc à prévenir l'apparition de problèmes potentiels. N’oubliez pas que votre collaborateur serait beaucoup plus motivé et productif s’il pouvait essentiellement se concentrer sur des tâches impliquant directement son expertise. Il appartient aux responsables d’identifier et anticiper les premiers signes de malaise, d’anxiété, de fatigue ou de déprime auprès de leurs salariés.

Un autre point sensible c’est le manque de reconnaissance du travail qu’effectue un salarié, le fait d’être mis à l’écart de projets ou de réunions importantes… Cela peut l’amener à douter de ses capacités.

Par ailleurs, la routine et l'ennui ne surviennent pas uniquement lorsque l'on a trop peu à faire. Une surcharge chronique peut être un autre exemple du brown-out. La solution serait d’écouter ses équipes, de proposer de nouveaux projets stimulants, de renouveler les missions et les tâches individuelles, d’organiser des évènements et animations, de sponsoriser des manifestations sportives ou culturelles, de proposer l'arrondi sur salaire, qui donne la possibilité aux salariés de soutenir les associations de leur choix en réalisant chaque mois des micro-dons sur leur net à payer. … Bref, instaurez un climat de confiance avec les équipes, restez à l’écoute afin de détecter (éviter) les premiers symptômes liés au brown-out, et au-delà.

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