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Jérôme BENBIHI

La vallée de la mort dans les projets de transformation

 

images/Sabine_D/La-vallée-580.jpgJérôme BENBIHI CEO ADENIS

 

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », énonçait Lavoisier. Une maxime toujours d’actualité si l’on considère que les entreprises sont ces dernières années en pleine mutation.Et qui dit mutation, dit changement et qui dit changement dit difficultés ! Dans toute transformation, il existe en effet une période difficile que certains ont surnommé « la vallée de la mort ». 

La vallée de la mort, pas que pour les start-up

« La vallée de la mort » est une expression qui désigne la période difficile que traverse la plupart des start-up qui, à défaut de financements suffisants, risquent une « mort subite ». Cette période se situe le plus souvent entre le lancement du produit et le décollage des ventes.

Mais la vallée de la mort ne concerne pas exclusivement les start-up. Elle menace toutes les entreprises, notamment dans le déploiement d’un projet de transformation. En effet, pour rester concurrentielles et gérer les mutations économiques profondes de notre époque, les entreprises doivent intégrer à leur stratégie d’importants projets de transformation. Il faut dire que toute stratégie implique une transformation nécessaire de l’organisation et c’est de cette transformation que découlent des perturbations. Les projets dont on parle peuvent être par exemple la mise en place d’un nouvel outil informatique, la modification des process de fonctionnement ou encore la dématérialisation des processus métiers.

3 façons de percevoir le changement

Attention ! Soyez vigilants ! Quelle que soit la qualité du projet à mettre en œuvre, il existera toujours 3 perceptions possibles exprimées par les parties prenantes : Positif / Neutre / Négatif.

Si la majorité se positionne « neutre » au démarrage du projet (50-60%), l’autre moitié est équitablement partagée entre le « positif » et le « négatif ». Le défi est donc de faire basculer les neutres et les négatifs vers les positifs.

1 changement = 3 dimensions fondamentales

Tout projet de transformation doit être considéré à travers 3 prismes :

♦ La dimension politique : Si je me positionne, est-ce que je prends un risque ? Mon choix aura-t-il des répercussions sur mon statut de demain ?

♦ La dimension rationnelle : Changer, mais pourquoi ? Cette transformation va-t-elle vraiment nous apporter quelque chose ?

♦ La dimension émotionnelle : Ma réussite sera-t-elle récompensée ? Vais-je pouvoir évoluer ?

Si les dimensions rationnelles et politiques sont généralement bien prises en compte par les dirigeants, la dimension émotionnelle pour sa part est bien souvent négligée alors même qu’elle est primordiale dans l’acceptation du changement.

Comprendre et appréhender la dimension émotionnelle est donc essentiel pour anticiper et faire face aux résistances et turbulences qui apparaissent au fur et à mesure que l’on avance dans le projet.

Prise en compte de la dimension émotionnelle

Tout au long de la mise en œuvre du projet, différents états émotionnels apparaissent. Il est donc primordial d’en prendre conscience dès le lancement du projet et de les comprendre tous.

L’euphorie et l’optimisme des débuts laissent bien vite place à une période de doute et de pessimisme. Dès lors, les premières turbulences font leur apparition. Le projet dont on vantait les avantages paraît d’un seul coup beaucoup moins parfait et les premiers signes de réticences apparaissent. Alors le projet stagne et le moral de l’équipe chargée de développer le projet est en baisse. Nous sommes alors en pleine vallée de la mort ! C’est à ce moment précis que doit être déclenché le plan d’urgence : un dispositif qui s’impose si l’entreprise ne veut pas voir le projet enterré. Ce dispositif de sauvetage doit prendre la forme d’un plan d’action qui puisse permette à court ou moyen terme de pouvoir sortir de la vallée de la mort, pour poursuivre le développement du projet et obtenir les premiers résultats positifs. Ce n’est qu’à partir de là que l’espoir renaîtra. Tout ne sera pas parfait mais le projet sera enclenché. « A chaque problème il existe une solution ! » : une devise optimiste que l’entreprise doit garder en tête tout au long de la période de transformation si elle ne veut pas voir sa mutation avortée. Dès les premiers résultats, la confiance sera reboostée. Les résultats obtenus ne seront peut-être pas à la hauteur des résultats prévus mais l’aboutissement du projet constituera à lui seul déjà une réussite qui provoquera la satisfaction des parties prenantes.

Dans leur « Méthode de conduite du changement », David AUTISSIER et Jean-Michel MOUTOT écrivent que « le changement est une rupture entre un existant obsolète et un futur synonyme de progrès ». Or, on le sait, toute rupture entraîne des turbulences. La vallée de la mort est donc cette période de turbulences située entre le doute et l’espoir au moment de la mise en œuvre d’un projet de transformation. Cette période est plus ou moins longue et plus ou moins difficile à gérer selon l’objet du projet et son contexte. Quoi qu’il en soit, pour en sortir, l’entreprise doit impérativement imaginer un plan d’action sur mesure qui doit tenir compte des réalités du terrain et d’un état des lieux réaliste.

 

 

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