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Jérôme BENBIHI

Si vous voulez garder vos salariés, laisser-les respirer !

 images/Sabine_D/Salariés_580.jpgJérôme BENBIHI CEO ADENIS

 

Si de plus en plus de salariés fuient les entreprises c’est parce que ces dernières reposent sur des modèles managériaux qui ne les laissent pas respirer. Dès lors, pourquoi ne pas réinventer les codes en leur donnant de l’air ?

Après plusieurs mois de gestation, tous les fœtus libèrent une hormone qui déclenche l’accouchement… Autant dire que le changement d'univers est inscrit dans notre ADN ! Ainsi, à chaque fois que notre univers nous semble trop étroit, nous vient l’envie de nous libérer. C’est humain, rien de plus !

L'entreprise, peu importe sa taille, est souvent vécue comme un univers cloisonné, un espace d’accueil qui doit tout à la fois correspondre à nos attentes et à nos besoins, qu’ils soient psychiques, affectifs et moraux. Or, comme l’utérus pour le fœtus, l’entreprise ne nous laisse pas la possibilité de respirer par nous-mêmes. Au sein de l’entreprise, nous sommes bien souvent des exécutants dépourvus de responsabilité. Et cela revient à dire que l’action du salarié est privée de sens.

Dès lors, que fait un salariés stressé, qui se sent négligé, en apnée, dans une entreprise qui ne répond pas à ses besoins ? Il la quitte pour aller chercher de l'air ailleurs ! Dans le meilleur des cas par choix. Dans le pire par obligation pour éviter la dépression ou le burn-out. Mais l'entreprise n'est pas un utérus, ni même une famille au sein de laquelle les salariés seraient les enfants et les dirigeants, leurs parents. On ne peut plus aujourd'hui ignorer la nécessité de changer les codes. Et ce, au nom de la santé publique ! Les conséquences du stress, des dépressions et des burn-out le prouvent, les risques physiques et psychologiques sont bien trop dévastateurs pour les négliger.

Démantèlement de la pyramide

Aujourd’hui, il ne suffit pas de cacher un modèle d'organisation hiérarchique et infantilisant derrière quelques plantes vertes, salles de repos, outils collaboratifs ou activités bien-être. Tous ces dispositifs, bien que positifs, ne changeront rien à la pression subie par la hiérarchie et à la course aux résultats imposée par la nécessaire productivité. Le bien-être doit aujourd’hui laisser place au bien-vivre, et c’est une question de survie. Si de nos jours les salariés rêvent de changement c’est sans doute parce que le modèle managérial hiérarchique traditionnel s’est essoufflé et n’est plus dans l’air du temps. Malheureusement, il ne suffit pas de quitter l'entreprise qui nous étouffe pour résoudre le problème qui peut-être se reproduira ailleurs.

Le véritable changement doit venir des dirigeants d’entreprise. Heureusement, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans un parcours de démantèlement de la pyramide. Dès lors, selon ce nouveau modèle d’organisation, l'entreprise devient l'affaire de tous. L'organisation du travail, jusque-là apanage d’une poignée de personnes, qui dirigent et contrôlent par le haut, se libère et s’ouvre aux équipes de salariés qui gagnent en autonomie et en responsabilité. Ensemble, tous agissent alors en faveur du bien-vivre de l'entreprise. Dans ce nouveau modèle managérial qui gomme les égos, les leaders deviennent coach et la vie de chaque salarié revêt la même importance que celle de l'entreprise.

Retour de la confiance

Mais mettre fin au règne de la domination par la peur dans les entreprises n'est pas chose aisée. Notamment car il existe une peur bien plus grande encore que celle de l'autorité : la peur de la liberté ! En effet, si nous nous soumettons à l'autorité, si nous acceptons de perdre notre individualité au profit du collectif, si nous consentons à réduire notre égo, c’est selon toute vraisemblance que nous le faisons avant tout pour éviter la solitude. Consciemment ou inconsciemment, la plupart d’entre nous préfèrent se soumettre plutôt que de se retrouver seul et isolé, sans appartenance à un groupe. C’est une réalité quoiqu’on en pense : liberté, autonomie et responsabilité riment bien souvent avec solitude et isolement. Il est donc finalement logique de les fuir plutôt que de les rechercher. Et tant pis si cela se fait au détriment du bien-vivre pourvu qu’on ne soit pas seul !

La solution ?! Pour lutter contre la peur de la solitude, il suffit de lui substituer son contraire : la confiance ! Et de la replacer au cœur de l'entreprise. C'est la toute première mission des dirigeants, futurs leaders libérateurs : présupposer que l'homme est bon, et donc digne de confiance. Pour cela, ils doivent eux-mêmes se libérer de leurs peurs, faire preuve d’humilité, et accepter leurs limites. A partir de ce moment-là seulement, ils pourront lâcher prise et donner du sens à leur action. Commence alors une toute autre histoire. Une fois l'entreprise libérée des modèles managériaux traditionnels, l'amour entre en piste. Faire le choix d’un nouveau modèle de management transversal et collaboratif, suppose en effet d’aimer authentiquement son entreprise, ce que l'on y fait, ses clients, ses collaborateurs et soi-même !

Autant vous dire que pour changer en profondeur l'esprit de votre entreprise, il vous faudra vous remettre en question et revoir votre rapport à la liberté, à la confiance et à l'amour. Il vous faudra aussi vous confronter à vos peurs avant même d’imaginer une transformation organisationnelle. Mais n'est-ce pas là finalement le cœur du sujet : changer l'entreprise peut-il se faire sans changer son regard sur la vie ?

 

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