Small nick 01

Jérôme BENBIHI

Comment travaillerons-nous demain ?

 

images/Sabine_D/comment_travaillerons_nous_demain_580.jpgJérôme BENBIHI CEO ADENIS
 
 

 D’ici à 2030, près de 40% des emplois aux États-Unis seront menacés par l’automatisation, 1 emploi sur 3 en Allemagne et 1 sur 5 au Japon. Dès 2025, la majorité des travailleurs occuperont des postes occasionnels et la notion de bureau sera totalement désuète. Est-ce à dite que la CDI est mort ? Tout comme le mode de travail en vigueur depuis le siècle dernier ?

Entreprises, êtes-vous prêtes pour demain ?

La prochaine révolution sera « phygitale » : une fusion parfaite entre le physique et le numérique au profit d’une expérience client unique. Et c’est précisément là que se situe la compétitivité de demain. À l’avenir, le physique (le travailleur) et le numérique (l’ordinateur, le téléphone, la tablette, etc.) ne pourront plus se passer l’un de l’autre. Cette révolution phygitale est sur le point de replacer l’humain à sa place réelle en tant que valeur ajoutée pouvant produire ce que la machine ne peut pas.

Mais quelle est la valeur ajoutée de l’homme ?

Réflexion et émotion ! L’homme a une sensibilité et un vécu qui lui donne l’avantage sur la machine en termes de stratégie, de remise en question, et d’interaction sociale.

Sur le plan technologique, dans 10 ans, le monde de l’entreprise utilisera forcément davantage de robots, et développera le numérique et le digital. Mais l’entreprise du futur aura également le souci de son impact social et environnemental et devra répondre à des questions telles que : Comment améliorer son empreinte carbone ? Comment limiter les transports ? Comment produire de manière responsable ?

L’enjeu majeur pour les entreprises de demain sera donc de produire plus et mieux. Il va falloir industrialiser et automatiser toutes les tâches répétitives et sans valeur ajoutée pour aller plus vite ; valoriser le travail de l’homme sur les tâches à valeur ajoutée et lui apprendre à travailler avec la machine. C’est là que se joue la mutation de demain.

De plus en plus d’activités, y compris stratégiques, sont externalisées. Parfois même, la production de l’entreprise est délocalisée à des sous-traitants. Résultat : l’entreprise devient une plaque tournante de relations et d’échanges, en interne, ou entre l’interne et l’externe. Et puis l’entreprise, c’est aussi un lieu d’accueil physique. La mode du travail en freelance ne signifie pas la fin du bureau car le télétravail à 100% présente aussi des inconvénients. Conclusion : l’espace de travail s’est démultiplié, avec un mélange de présence au bureau, de rendez-vous en extérieur et de travail à domicile.

Le recours aux prestataires a créé une nouvelle forme de relation. Il n’y a plus de rapport hiérarchique. Les travailleurs freelances travaillent différemment. Parfois même, ils donnent des idées aux salariés de l’entreprise, créant ainsi de nouvelles envies chez certains d’entre eux, comme le télétravail. Et c’est ainsi qu’apparaissent les transformations. Certains impératifs de l’entreprise tels que les horaires ou le présentéisme ne seront plus d’actualité à l’avenir car ils sont trop difficiles à supporter. Le lien de subordination est en crise, et il le sera encore plus dans 10 ans. Evidemment, le management va continuer d’exister mais il devra s’orienter vers des notions de leadership, de coordination et de collaboration. Dans ce cadre, on peut même tout à fait imaginer que des algorithmes pourront demain suffire à recruter le candidat idéal.

L’intelligence artificielle existe déjà. L’homme cohabite avec la technologie depuis plusieurs années. L’idée selon laquelle l’homme va bientôt être remplacé par la machine et qu’il doit, par conséquent, accepter n’importe quelles conditions de travail et n’importe quelle rémunération est une idée fausse. La véritable question c’est : comment va évoluer la relation, voire le rapport de force, entre travailleurs et employeurs dans un tel contexte ?

L’entreprise de demain est une plateforme. La distinction entre interne et externe, entre salariés et freelances, est obsolète. On va chercher les compétences là où elles sont. Mais le modèle d’organisation traditionnelle n’est pas mort et va continuer de perdurer aux côtés des nouveaux modèles.

Certaines tâches vont disparaître car elles sont faites de manière bien plus efficace et plus rapide grâce à la technologie. Mais qui dit arrêt des tâches ne dit pas arrêt de métier ! Les tâches vont simplement être redéfinies. Ainsi le salarié d’une entreprise 4.0 n’aura plus à effectuer de tâches répétitives et sans valeur ajoutée, il pourra se concentrer sur la satisfaction client et la réalisation de ses objectifs.

Une difficulté persistera toutefois : les emplois non-qualifiés risquent d’être dévalorisés, de devenir de plus en plus précaires et d’être de plus en plus mal payés. Pourtant ces « limits jobs » ont une place importante dans un monde où le consommateur est roi, où il ne veut plus attendre et a besoin de services de proximité et instantanés. Pour toutes ces raisons, ce type d’emplois ne disparaîtra pas. Mais l’écart avec les emplois protégés va encore se creuser. Là réside donc un véritable enjeu de société : ne pas faire de ces personnes la dernière roue du carrosse.

En résumer, les trois principaux enjeux du travail en 2030 sont les suivants :

- avoir confiance en ses équipes et en ses prestataires extérieurs,

- Développer l’empathie, la curiosité et la collaboration,

- Enfin, savoir créer et faire vivre un environnement collaboratif innovant, avec ce que cela demande de diversité, d’expérience et de compétences.

 

 

Article publié sur LinkedIn

 

 

 

Laissez un commentaire