Small nick 01

Jérôme BENBIHI

La bienveillance en entreprise galvaudée

BienveillanceGJérôme BENBIHI CEO, ADENIS
 

Dans la plupart des entreprises, le concept de « bienveillance au travail » est encore vide de sens. Il convient pourtant de lui donner toute sa place en prenant des mesures fortes et concrètes.

Ces dernières années, le concept de « bienveillance au travail » est devenu un sujet incontournable dans les entreprises. Mais à force d’être utilisé par tous et en toutes situations, le terme a fini par être totalement galvaudé. Qu’est-ce qu’on voudrait nous faire croire ? Que la bienveillance est partout et que tout le monde est bienveillant ? Le monde impitoyable de l’entreprise se serait-il métamorphosé en à peine deux ans ? Le concept de bienveillance aurait-il comme par magie transformé le manager en coach à l’écoute et attentif à chaque membre de son équipe ? Les notions d’empathie et d’encouragement ont-elles désormais détrôné les célèbres objectifs d’efficacité et de rentabilité ?

La vérité c’est que dans la plupart des entreprises la bienveillance est restée au stade de concept. Aucun n’acte et aucun engagement n’est venu donner vie à ce concept abstrait. Alors oui, la bienveillance est partout dans les fiches projets, les dossiers de stratégie et les brainstormings mais, comme avec tous les concepts galvaudés : ce sont ceux qui en parlent le plus qui la pratiquent le moins.

Ce qui s’applique à l’amour s’applique ici parfaitement : il n’y a pas de bienveillance, il n’y a que des preuves de bienveillance.

Pour revendiquer sa « bienveillance » une entreprise, quelle que soit sa taille, doit donner vie au concept quoi que cela lui en coûte. Cela revient à dire que tous les managers de l’entreprise sans exception doivent donner l’exemple en appliquant les règles de bienveillance à tous les niveaux de la hiérarchie. Si ne serait-ce qu’un seul des dirigeants de l’entreprise se la joue despote narcissique et autoritaire, tout le concept s’effondre.

Assumer l’étiquette bienveillante que l’on veut coller à la peau de l’entreprise c’est abandonner les anciennes pratiques de management classiques basées sur la productivité à tout prix au profit de nouvelles méthodes de coaching davantage centrées sur l’humain et le bien-être au travail. Chaque collaborateur doit se sentir bien et à sa place au sein de l’entreprise, aussi différent soit-il. Chacun doit pouvoir s’identifier à la culture de bienveillance promue par l’entreprise. Le concept de bienveillance doit pouvoir fédérer tous les salariés. Cela suppose donc que toute action allant à l’encontre de ce concept soit punie : du simple manque de politesse aux propos racistes, en passant par le harcèlement moral ou sexuel, ou encore toute forme de « mise au placard ».

Dans certaines entreprises, on a même vu apparaître un nouveau métier sous le nom de « Chief Happiness Officer », une sorte de directeur du bonheur, chargé d’être le garant de la bienveillance et du bien-être en entreprise. Bien vite, cette arnaque a cessé. Il faut dire que le culte de la bienveillance peut parfois faire des dégâts et nuire à l’image et au professionnalisme de l’entreprise.

Car la bienveillance n’est pas un concept que l’on apprend en entreprise. La bienveillance fait partie de l’éducation En d’autres termes, sans bienveillance pas de rapports humains sains. La bienveillance est plus qu’un simple concept, c’est un concept fondateur.

La volonté de l’entreprise de vouloir développer des rapports bienveillants entre tous les membres de son organisation revient finalement à vouloir développer des rapports « normaux ».

Alors comment expliquer qu’à l’heure où la mode est partout à la bienveillance, il n’y ait jamais eu autant de dépressions et de burn-out liées aux multiples sources de stress et de souffrance au travail ?

L’explication est simple. A force de promouvoir un concept qui ne s’appuie sur aucun acte concret, le concept se vide de tout son sens. Si aucun engagement ne vient donner corps au concept alors la relation de confiance dirigeants/salariés disparait. Pour être une entreprise bienveillante digne de ce nom, il faut agir en ce sens. Que le communicants se le disent : la bienveillance si elle reste au stade de concept abstrait n’est que vulgaire poudre aux yeux ! 

Article publié sur LinkedIn

Laissez un commentaire